‘’Ce que je pense du mbalax’’ | Ligne Directe, site d'informations

EN PRIVE AVEC YOUSSOU NDOUR – ARTISTE CHANTEUR

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grand bal à Bercy cette année, mais Youssou Ndour donne rendez-vous à ses fans pour un spectacle avant le début du ramadan. Dans la même logique, celle de faire plaisir à ses aficionados, il a prévu de sortir un nouvel album fin 2015 ou courant 2016. Il l’a fait savoir à EnQuête au cours d’un entretien. Elégant mais simple dans un grand-boubou bleu, vendredi oblige, il a reçu l’équipe dans ses bureaux aux Almadies. Refusant de parler d’autre chose que du nouvel album qu’il vient de lancer ‘’Fatéléku 2’’ qui regroupe Abou Thiouballo, Amy Collé Dieng, Bouba Kirikou et Papa Laye Mbaye fils de feu Ndiaga Mbaye, il a fini par s’étaler sur divers sujets. C’est ainsi que le différend Futurs médias – DP world est abordé, l’annulation de la plainte contre des militants du Pds après l’agression de Mane Touré, ses relations avec Macky Sall ou encore la condamnation de Karim Wade.

Pourquoi « Fatélékou » ?

Depuis quelques années, les gens écoutent de plus en plus d’anciennes chansons. C’est un élan naturel. Pape Cheikh Diallo, par exemple, s’est fait connaître par ce style. Les jeunes s’intéressent tout d’un coup aux classiques et donc, reviennent s’appesantir sur ces chansons, sur la façon dont – à l’époque – les choses ont été formatées et ça, c’est le signe que le peuple attend quelque chose de plus quant à la création musicale. Cela, c’est quelque chose qui me parle énormément. Avec le recul, je pense que c’est bien vrai que quand tu ne sais pas où tu vas tu retournes d’où tu viens, comme on dit… Il y a quelque part un manque d’originalité aujourd’hui. C’est moins fort et les gens vont donc puiser dans le répertoire des années fastes de la musique sénégalaise pour trouver mieux. Dans un deuxième temps, « Fatélékou » c’est aussi, je pense, un moyen de faire aimer des mélodies qui sont chères à tous, marquant, chaque année, un temps d’arrêt pour se souvenir de l’histoire de la musique.

Depuis ma rentrée dans le gouvernement, mon sentiment patriotique est exacerbé, ce qui me permet toujours de participer, certes à ma manière, à la consolidation des symboles de notre nation, comme le 4 avril par exemple. C’est donc quelque part pour poser un acte fort, un acte d’envergure, qu’est né ce projet de revenir sur des titres désuets. Les chanter, en retravailler les textes pour les remettre au goût du jour et, enfin, les produire est ma façon d’offrir un cadeau aux Sénégalais en cet anniversaire de notre indépendance. Avec Lalo Kéba Dramé et Ndiaga Mbaye, nous avons écouté, réappris, réécrit et réenregistré des chansons pour lancer un premier produit (NDLR : Fatélékou I) qui, à sa sortie, a été bien accueilli. Dans la même foulée, on s’est dit que cela pourrait être un produit annuel. De manière spontanée, nous nous sommes entendus le jour même du lancement pour continuer.

Cette année, ce n’est pas vous qui êtes sur le devant de la scène mais plutôt des jeunes que vous avez invités à participer à la réalisation de l’album. Pourquoi ce changement ?

Je pense que dans la musique, il faut toujours essayer de ne pas saturer son public. Cette année, je suis sur le point de sortir moi-même un nouvel album et je pense qu’il aurait donc été maladroit de faire de la promo à plusieurs reprises dans la même année. De plus, c’est un projet que je dirige mais que je ne considère pas pour autant m’appartenir. « Fatélékou » est quelque chose qui peut être utilisé comme premier jalon d’une idée similaire à celle des Resto du Cœur, en France. Les artistes pourront se relayer pour rendre hommage à ceux qui sont partis et même, au-delà, peut-être aussi venir en aide à d’autres qui, bien que toujours là, sont aujourd’hui incapables de subvenir à leurs besoins. On pourrait même pérenniser le concept en le transformant en association dans un futur proche… L’essentiel est que cela ne dépende pas uniquement de moi mais, au contraire, soit porté par des artistes qui croient au projet.

Cette année, j’ai voulu amener de la fraîcheur en décidant que j’allais produire et non chanter. J’ai malgré tout personnellement travaillé sur les chansons comme si j’allais moi-même les chanter et chaque détail a été noté, réécrit, répété et réarrangé à ma façon… Du choix des gammes jusqu’aux maquettes. Quand je me suis rendu compte que faire le « Fatélékou » ne me permettait pas de sortir mon propre album dans la même année, j’ai fait appel à des jeunes que j’aime beaucoup et qui, quelque part, traversent des moments un peu difficiles par rapport à la promotion. Vous savez, un artiste peut être bon et sortir un excellent album sans pour autant que ça ne marche pour lui. D’où cette idée de faire appel à ces voix « oubliées » pour qu’elles puissent surfer sur la vague du « Fatélékou » et avoir une certaine visibilité… et pourquoi pas reprendre leur envol ?

Ces artistes ne sont donc que des interprètes ?

Oui. Quand je dirige un projet, c’est jusqu’au bout. Les artistes invités ont été interprètes au sens propre du mot et je pense que, quelque part, ça nous a aidés. Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas d’idées mais, au moment de faire appel à eux, tout était prêt-à-chanter, si on peut le dire ainsi. Je pense que leur avoir laissé la place était la meilleure solution.

Et ce n’est pas un peu intimidant pour des jeunes artistes de travailler sous votre direction ?

Peut-être. Il ne faut néanmoins pas oublier que dans la musique, comme dans toute chose, on doit faire preuve de diplomatie. Quand on est à la tête d’un projet, il faut se comporter d’une certaine manière parce qu’il y a des gens qui regardent vers vous mais mes collaborateurs, même s’ils sont de jeunes artistes, ne sont pas des « petits » pour autant. On peut n’avoir que deux ans de carrière et pourtant être pétri de talent donc il faut savoir comment parler avec eux et leur donner du respect, c’est-à-dire les « laisser vivre » avec la musique pour qu’au fur et à mesure, ils soient en mesure de prendre de l’initiative et s’impliquer dans les morceaux. Un autre aspect crucial est que les chansons ont été construites pour qu’on s’y succède à tour de rôle, comme cela se faisait dans le temps, avec les premiers qui chantent et les seconds qui font les chœurs et vice-versa… Ce qui fait qu’il y a eu une forte cohésion dès le départ. Tout le monde s’est senti impliqué et, de là, ça a été facile. Il est vrai que je dirige le projet mais il m’est souvent arrivé de m’effacer pour les laisser travailler seuls et les écouter aussi… Mais il est clair que la chose était déjà ficelée.

Etes-vous, en fin de compte, satisfait de la collaboration ?

Ah oui ! Extrêmement. Cela parce que, d’abord, ils m’ont eux-mêmes donné satisfaction et, ensuite, parce que je pense que c’est un bon produit. Il y a également le fait que la période soit bien tombée : aucun des artistes n’avait de grand projet en amont et donc ils ont vraiment pu surfer sur « Fatélékou » en terme de promotion en attendant d’autres initiatives individuelles.

Je suis donc vraiment satisfait même s’il y a comme dans toute chose un point négatif. Comme pour tous les albums maintenant, on ne dispose pas de chiffres parce qu’on ne compte plus ce qui est vendu et, donc, on ne peut pas l’estimer. Quand on sort un album de nos jours, on l’entend à la radio et on le voit à la télé ou via le net, ça fait le « buzz » et tout mais on n’a aucun indicateur permettant de mesurer son impact ou son succès et ainsi savoir où l’on en est. Dans la rue, les CD piratés sont presque devenus la norme parce que les gens pensent que c’est ça qui est légal… C’est un regret unanimement partagé par les artistes, je pense.

« Fatélékou » fait l’apologie d’une certaine nostalgie et on sait qu’à l’époque tout était différent, jusqu’à la manière même d’enregistrer les morceaux. Est-ce qu’il y a quelque chose que la technologie actuelle n’arrive pas à répliquer et que vous auriez souhaité pouvoir retrouver dans cet album ?

La musique a évidemment vécu beaucoup de mutations. Quand les Féla Kuti et autres Manu Dibango démarraient dans la musique (à l’époque, j’étais très jeune), ils faisaient des chansons longues de quinze minutes. De quinze, la norme est passée à huit, puis sept… Moi-même, j’ai fait des chansons de sept minutes ! Ce qui s’est passé ensuite, c’est qu’il y a eu un formatage des morceaux tel que si tu dépassais les trois minutes trente, tu ne passais pas à la radio. Ce rétrécissement a amené les artistes à diminuer, faute de place, les envolées et les solos… Ce qui fait qu’on perd automatiquement certaines choses. Aujourd’hui, oser les vingt minutes, c’est n’avoir plus aucune chance de passer à la télévision ni à la radio, ce qui est bien dommage.

« Fatélékou » n’est-il pas l’occasion rêvée de repartir vers ces choses-là, alors ?

Si, mais tout en restant actuels parce qu’on veut être écouté. On essaie de surfer sur une vague nostalgique mais on veut être joués à la radio et, pour y arriver, il ne faut pas être long. Donc il n’y a pas vraiment de réponse.

L’année dernière, c’étaient des reprises de Samba Diabaré Samb, de Lalo Kéba Dramé et autres… Cette année, qui sont ceux qu’Ami Collé, Abou Thiouba Lo et Cie ont repris ?

D’abord, il y a la chanson de Ndiaga Mbaye intitulée « Âlimoul Khaïbé ». C’est un morceau très connu même si on ne se souvient souvent que de la mélodie, que tout le monde connaît, et non du titre… Donc, du coup, je l’ai rebaptisé « Sëy », pour faire un clin d’œil aux difficultés que connaissent les couples. Après tout, nos chansons parlent toujours de notre société. Et donc, sur ce morceau, j’ai eu la chance de pouvoir enregistrer le fils de Ndiaga Mbaye qui commence sa carrière.

Pape Laye est là depuis très longtemps et avait même envoyé des piques en disant qu’on ne l’associait pas aux projets ayant trait à son père. Pas plus tard que l’année dernière, par exemple, il avait fait une sortie dans ce sens pour se plaindre qu’on ne s’occupait pas du répertoire de son père… Donc, quand je l’ai croisé, je lui ai proposé de participer et on lui a demandé de reprendre la chanson de son père. Ça fait un choc agréable quand on l’entend. Ensuite, on est allé chercher une très ancienne mélodie Hal Pulaar dédiée à Cheikh Omar Foutiyou. Là aussi, il s’agissait de retravailler un hommage que la Umma Islamique a fait à l’endroit de Cheikh Oumar Foutiyou Tall.

On a confié l’interprétation à un garçon connu pour la chaleur de sa voix, c’est-à-dire Abou Thiouballo. Après le grand succès qu’il a eu, il avait un peu disparu mais je sais que c’est un bon chanteur et je lui ai fait confiance… Le résultat est à couper le souffle. Puis, vient ce titre qui me tient particulièrement à cœur, « Sidi Anta Ndiaye ». Il a été chanté par ma grand-mère Fatou Thiam Samb, en l’honneur de Serigne Cheikh Gaïndé Fatma, le père de Serigne Mbacké Sokhna Lo. Ce dernier à qui j’ai moi-même dédié une chanson, comme ma grand-mère avait à l’époque dédié un morceau à son père, mais à qui j’ai dit, quand je l’ai rencontré, que je ne pourrais jamais créer une chanson aussi belle que celle de mon aïeule. Je lui ai en tout cas assuré que j’en ferais une que personne ne pourrait surpasser, à savoir « Serigne Mbacké Sokhna Lo ». Bref, « Sidy Anta Ndiaye » est une chanson que j’aime depuis très longtemps… C’est d’ailleurs l’une des seules où, si on écoute bien les bandes, on peut entendre le public de Sorano faire une ovation en plein milieu du morceau.

Les gens s’étaient spontanément levés pour applaudir, ce qui est très rare et me fait toujours penser à l’époque Oum Kalsoum. C’est Ami Collé, une super voix qui a eu énormément de difficultés avec ses dernières productions, qui chante ce morceau. Enfin, il reste un morceau inédit. Quand on dit « Fatélékou », ça ne se traduit pas simplement sous le terme de « chanson » mais ça peut aussi se comprendre sous celui d’ « histoire ». J’ai donc écrit un morceau qui parle de la Casamance via deux sœurs, Aguène et Diambogne, et leur lien qui perdure malgré l’éloignement physique. Le morceau est interprété par Bouba Kirikou, accompagné de Mariama, celle qui chante avec Daby. Ce morceau parle de l’histoire et de la richesse de la Casamance et c’est vraiment une très belle chanson que j’avais chantée pour la première fois il y a de cela quelques années. Aujourd’hui, le morceau s’intitule « Welcome to Casamance ». Comme vous le voyez, « Fatélékou » est un opus assez divers, assez varié.

Pourquoi la Casamance, tout particulièrement ? On sent que vous aimez cette région…

J’adore la Casamance, j’adore sa musique et j’y ai aussi des parents car un de mes arrière-grands-pères maternels repose à Sédhiou. J’ai toujours senti une proximité avec les gens de là-bas, j’y ai beaucoup d’amis et même des collaborateurs. Je l’ai visité de nombreuses fois et c’est une région qui n’est pas, à mon sens, assez magnifiée, que l’on parle d’économie, de chansons ou d’autre chose. C’est un grenier au vrai sens du mot… Et je ne parle pas d’agriculture.

Vous avez dit tout à l’heure que si « Fatélékou » est né, c’est parce que vous avez vu que certains animateurs, comme Pape Cheikh Diallo, jouaient souvent à l’antenne de vieilles chansons… Est-ce à dire que le Mbalax, aujourd’hui ne se fait plus comme il se faisait avant ? Sa composition a-t-elle fondamentalement changé ?

Je ne dis pas que la composition est en perte de vitesse… Comme j’ai essayé de l’expliquer tout à l’heure, les temps ont changé. Je ne sais pas quels sont les facteurs de cela mais le constat est que le Mbalax d’aujourd’hui est plein d’engouement mais peine à laisser des traces palpables dans la mémoire collective. Ce qu’on en retient, ce n’est pas grand-chose et cela, même si ça marche bien et que l’animation est là… Donc, on se rend compte qu’on vit à un tournant de l’histoire musicale où se fait sentir un besoin, pour les artistes, de revenir vers eux-mêmes, de se retrouver ou de marquer un arrêt sur image, peut-être, pour revenir à la création. On a vu des groupes comme le Xalam revenir sur le devant de la scène, c’est un signe ! C’est que le Sénégalais accorde aujourd’hui plus que jamais de l’importance à l’originalité, à la création ! Donc, il faut prendre ce qu’il y a de mieux dans chaque époque, lier le dynamisme d’aujourd’hui à la créativité d’hier… C’est de cela que va naître quelque chose de nouveau.

Pensez-vous que la génération Pape Diouf, Waly Seck a la chance de percer sur l’international avec le mbalax qu’il faut ?

Je l’ai toujours dit. Il y a deux voies à suivre. La première est celle de la musique locale, populaire. Cela se passe ici. Elle n’a pas beaucoup de chance d’être écoutée à l’étranger. Je vais revenir sur ma leçon d’anthologie du mbalax. Le mbalax aimé, adoré dont on m’appelle le roi est une superbe musique mais n’a pas de chance au niveau international vu ses rythmes, même si cela a une originalité extraordinaire. Mais ce n’est pas le ‘’one’’. Ce n’est pas le standard international. C’est quelque chose d’original qui concerne une langue, un peuple et c’est une façon de faire qu’on peut adorer. Car quand un étranger voit un orchestre avec un danseur de mbalax il se régale. Mais si on le laisse seul avec l’orchestre, il se perd. Pour moi, la musique sénégalaise, ce n’est pas que le mbalax. Le mbalax est wolof. Au sud et au nord du Sénégal on a des sonorités riches. Avec ces dernières, on peut avoir la chance de s’imposer sur le plan international. Les Touré Kunda ont pu bien marcher parce que les rythmes du sud vont bien avec ceux standard. Baaba Maal vient du nord. Ce qui a marché chez lui, ce sont ces sonorités qui sont presque du reggae. Après on en vient à Youssou Ndour. Qu’est-ce qui a marché sur l’international c’est ‘’seven seconds’’, etc. des chansons qui n’ont pas eu de très grands succès populaires ici. Donc, il y a deux voies à prendre. Il faut se battre pour servir du bon mbalax au niveau local. Cela demande beaucoup de travail. Et sur le plan international, il faut autre chose. Dès qu’on comprend ça, on peut s’en sortir.

Que pensez-vous de ces jeunes-là ?

Je pense qu’ils ont beaucoup de talent. A leur âge moi, je n’osais même pas regarder quelqu’un à plus forte raison parler. Mais on les voit à la télé, ce sont des stars. Ils n’ont pas de complexe. Ils ont du potentiel et de la fougue que j’aime beaucoup. Je pense qu’il faut qu’ils comprennent qu’il y a plusieurs chemins. On ne peut avoir les deux marchés avec un seul style. C’est quasiment impossible.

Concernant les habitudes d’écoute, avec le digital, ça passe vite alors qu’avec l’analogie, on prenait le temps d’écouter et de comprendre. N’est-ce pas un handicap ?

Même par rapport à la musique acoustique, roots et tout, la période analogique restera quand même gravée. Parce qu’avec la cassette, les bandes magnétos on entend quelque chose. Il y a quand même une chaleur qu’on a perdue et qui nous amène au digital mais qui nous donne énormément de possibilités. Ce sont des mutations et des choix qui sont parfois profitables mais qui nous font perdre beaucoup de choses. En studio, on enregistre avec une table qui a des lampes avec lesquelles on peut capter la chaleur du son, l’ambiance. Maintenant pour la distribution, il y a les appareils qui changent la donne. La création n’est pas seulement une volonté artistique. C’est aussi de l’économie. S’il n’y a pas d’argent dans la création, personne ne va plus créer.

Tout le monde ira chercher autre chose. Quand nous sommes venus au ministère de la Culture nous nous sommes rendu compte que le modèle de lutte contre la piraterie mis en place n’était pas des meilleurs. Avec ce dernier, il allait être difficile de gagner le combat. Il y a des propositions au niveau international qui consistent à taxer les Smartphones et les appareils qui téléchargent la musique à un petit pourcentage. Ces taxes sont reversées en guise de droits aux artistes. C’est une manière de contrecarrer la piraterie. C’est un modèle qui marche bien. L’Algérie et le Burkina ont commencé à faire ça. Beaucoup de pays dont le Sénégal ont signé. Moi, je me bats aujourd’hui pour que l’Etat puisse ratifier cela et le faire. Si on arrive à régler le problème sur le plan économique, ça pourrait booster la création. La piraterie va tuer la création.

Sur l’international, quand quelqu’un achète ton disque une fois, deux fois, à chaque fois que tu sors quelque chose, il achète. A chaque fois que tu joues, il vient. C’est éternel après. Malgré les mutations de ce monde-là, les gens ont quand même gardé cette relation affective avec les artistes. Ici, on a tendance à oublier très rapidement. D’où d’ailleurs le fait de reprendre quelques chansons anciennes.Quand je vois Doudou Ndiaye Rose entrer dans une salle et que tout le monde est là assis, je suis étonné. Moi, je me lève même si ce n’est pas son spectacle. C’est comme Stevie Wonder aux Usa ou Mohamed Ali quand ils entrent dans une salle où il y a du monde ; tout le monde se lève. Ce sont des choses importantes qui valent plus que l’argent ou toute autre chose.

Lors des soirées anniversaires des artistes, il y a beaucoup d’argent qui est donné publiquement. Ne pensez-vous pas que les artistes offrent un contre-exemple à la population ?

Cet argent, ce sont des formes d’encouragement. Sincèrement, les artistes aussi ont besoin d’être encouragés. Il y a des taxes à payer pour organiser des spectacles. J’ai demandé aux médias du groupe de les aider en signant avec eux des coproductions.Les chanteurs sont des entreprises. Il y a énormément de personnes qui comptent sur eux entre les instrumentistes et les danseurs. Ils doivent payer ces gens-là quand ils font des spectacles. Après ils font la publicité et ils vendent des tickets et les gens paient 5000 F Cfa. En 1987, quand je jouais au Thiossane, le billet était à 5000 F CFA. On est en 2015 et le prix du ticket est toujours le même. Il y a problème. C’est bizarre. Avant, quand je prestais, c’était la ruée vers moi. On venait me remettre de l’argent. Je peinais même à terminer mes chansons à cause de cela. Mais aujourd’hui, c’est moi qui donne. Ils viennent très rarement maintenant me donner de l’argent. Ils se disent peut-être que celui-là en a plus que nous.

Dernièrement, on vous a vus beaucoup soutenir les jeunes artistes. Seriez-vous en train de préparer votre retraite ?

Si c’est comme ça que je prépare ma retraite ! J’ai commencé depuis très très longtemps. J’avais une sono et je ne l’utilisais qu’une fois par semaine. J’avais un manager qui me disait qu’il fallait la louer le reste de la semaine. C’est ainsi qu’est née Saprom. Le gars tenait une comptabilité et à la fin de chaque mois, il me disait combien on avait gagné. C’est comme ça que j’ai eu un studio d’enregistrement. Et c’est comme ça que j’ai fonctionné avec mes inspirations. J’ai la possibilité d’aider mais je ne peux pas tout faire. On est une famille et un pays, on peut et on doit s’entraider.

C’est ce que j’ai toujours fait. J’ai fait beaucoup de rencontres musicales dans ma carrière depuis Kassé. C’est vrai qu’aujourd’hui, après le temps que j’ai passé dans la musique, les gens ont le droit de penser à la retraite. Maintenant dès qu’on fait quelque chose, on pense directement à cela. Non, la musique reste ma passion. Il est vrai que je ne joue plus comme avant mais la musique reste ma passion. Et je ne pense pas que la retraite telle qu’elle existe dans les autres métiers puisse exister dans le nôtre. Je veux vivre l’art et pour cela, il faut donner l’art. Je suis dans mon univers où je vis des fois ma chanson à travers une autre personne. C’est extraordinaire. Alors non, je ne prépare pas du tout ma retraite.

Cela signifie-t-il que la musique constitue la plus grande priorité de votre vie ?

J’ai eu à faire beaucoup de choses dans la musique. Une fois encore, elle reste ma passion, mon métier et la chose la plus importante. Mais aujourd’hui, il y a d’autres priorités. J’ai certaines responsabilités au niveau de l’Etat. Même si on a élu une seule personne, on a été élu par ce pays pour notre engagement et d’autres choses. Je travaille pour mon pays. Ces 4 dernières années, j’ai plus travaillé pour mon pays que pour ma musique. Cela me plaît. Les deux vont ensemble. C’est vrai que quand on vous voit danser à la télé, on ne peut penser que cette même personne puisse décider pour vous. Mais telle est la volonté de Dieu. Je danse mais je suis aussi un des décideurs de ce pays pour l’instant. J’accompagne le Président Macky Sall qui me respecte énormément par rapport à mes idées, mes engagements, par rapport à ce que je représente et ce que je peux apporter au pays. Il me respecte et je participe énormément. Ce n’est pas la peine de dire maintenant ce qu’on a fait. Mais je participe et si je ne lui étais pas utile, je ne perdrais pas mon temps.

Comment voyez-vous votre avenir avec le Président Sall ?

Ça va continuer. Comme je l’ai dit, Macky Sall a été un ami, un compagnon avant qu’il ne soit président de la République. Je fais partie des premiers à avoir trouvé Macky Sall dans son salon alors qu’il était Premier ministre et en passe de devenir président de l’assemblée nationale avant d’être exclu pour lui dire : ‘’Vous avez une responsabilité historique, prenez votre courage à deux mains.’’ Après cela, on est resté très proche. On a travaillé ensemble. On est ensemble et je souhaite qu’après tout cela, on reste des amis. Sur la gestion du pays, on est d’accord sur presque tout. Même si des fois j’ai des critiques.

Je suis un ministre conseiller, je les formule à l’interne. Pour mon avenir politique, moi je suis entré en politique par accident. J’ai senti un besoin d’une majorité des Sénégalais. Mon vrai combat, c’était pour que les autres dégagent. La stratégie que j’ai utilisée a été bonne parce que j’avais des chances aussi. Avant, je parlais de l’histoire et d’un coup, je faisais partie de l’histoire que d’autres raconteront. Mon entrée en politique n’était donc pas un besoin personnel. Maintenant je suis avec un Président avec qui je m’entends très bien. Je ne le gêne pas. Je ne crée pas de dualité. Tant que Macky Sall ne change pas de vision, je suis derrière lui. Je n’essaie pas de lui mettre des bâtons dans les roues et pourtant, je peux avoir mes ambitions. Sur l’échéance qui est devant nous, que cela soit 2017 ou 2019, nous sommes avec lui. Je ne suis pas avec lui juste pour parler, je participe et cela au vrai sens du terme.

Vous vous êtes battu contre un régime qui n’est plus là. L’un de ses membres en l’occurrence Karim Wade est en prison. Vous ressentez quoi ? De la joie ?

C’est une logique. Je n’ai jamais eu de mauvaise intention envers qui que ce soit, fût-il Karim Wade qui m’a accusé ici publiquement, jurant sur le Coran. Tout le monde savait qu’il mentait. Mais je ne lui en veux pas pour autant. Il est mon petit frère. Devant son père, je lui ai dit (il se répète) que je ne voulais pas qu’il rende compte comme ça. Il y a des témoins qui peuvent le certifier. Cela me fait mal de le voir là dans cette situation. Ça ne devait pas se passer comme ça. Mais il y a eu quand même une période qu’il ne faut pas occulter. C’est cette période où tout le monde a alerté et averti. La reddition des comptes faisait partie des demandes sociales.

Macky s’était s’engagé sur cette question et il lui fallait aller jusqu’au bout. Aminata Touré a engagé le dossier Karim Wade et Habré. C’était dans une logique de satisfaire une demande sociale. La justice a fait son travail. Il y a eu l’annonce du verdict. Maintenant, ils vont ou ils ont fait recours. On attend. Ce qu’il faut retenir, c’est que désormais dans ce pays, qui gère doit s’attendre à rendre compte. C’est positif. L’OFNAC règle le problème de ceux qui gèrent actuellement. Maintenant voir qu’on mette des gens en prison, humainement c’est d’autres réflexions. Lors de ma dernière sortie, j’ai dit que j’appréciais l’attitude de l’autre camp, le Pds. C’est un peu plus calme, un peu plus réfléchi. Il n’y a pas eu de bagarres dans la rue parce que l’Etat a été ferme. J’aime cette ambiance pacifiste.

Le jour où le verdict est tombé, une de vos reporters, Mane Touré, a été agressée. Pourquoi avez-vous demandé au groupe Futurs médias et à la famille de Mane de ne pas porter plainte ?

Moi, je suis un manager. Manager, c’est déléguer et savoir choisir les bonnes personnes et les mettre à la bonne place. Il faut savoir aussi ne pas tomber dans l’émotion des fois et avoir une lecture froide de certains évènements. C’est cela le management. Il n’y a pas autre chose. Ce jour là, il y avait beaucoup de tension dans ce pays qui s’appelle Sénégal. Ce qui m’a poussé à faire cela, c’est que j’ai écouté les radios et j’ai entendu les gens parler. Je me suis dit : c’est un moment important. On peut tolérer des dérapages.

Je me suis renseigné. Physiquement, il n’y avait pas beaucoup de problèmes. J’ai appelé la maman de Mane et je lui ai dit qu’il fallait mieux tempérer parce que les militants venaient d’entendre la sentence et ils étaient fébriles. Et il ne fallait surtout pas que ce problème soit transformé en un différend ‘’Youssou Ndour- Abdoulaye Wade’’. Cela pouvait aller très loin et c’est ce que j’ai voulu éviter. Mane et sa famille m’ont vraiment prêté une oreille attentive ainsi que la direction. Je pense que c’était mieux parce que c’est dans la paix qu’on peut construire des choses. On ne peut pas aussi être la première radio de ce pays et ne pas échanger avec l’opposition la plus représentative. Ce n’est pas possible. Tout le monde connaît mon modèle. Je tends le micro à tout le monde. Donc j’ai calmé. Et je m’en réjouis.

 

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